Sécheresse, canicule : au-delà de la crise

77 départements sont concernés par la sécheresse, les épisodes de canicules se multiplient, et le Cher est particulièrement touché en cette année 2019 « exceptionnelle ». Mais ne nous y trompons pas : si nous sommes surpris par cette situation, ce n’est pas le cas des scientifiques, qui annoncent de longue date une multiplication de ces épisodes en lien avec les changements climatiques. La situation ne va donc pas aller en s’améliorant, et l’exception sera peut-être bientôt la règle…

Face à cette réalité, bien gérer l’urgence est primordial, mais pas suffisant. Il est de notre responsabilité collective aujourd’hui de lutter contre les émissions de gaz à effet de serre, afin de limiter les dégâts, et de mettre en œuvre des politiques d’adaptation ambitieuses, pour tous les secteurs (urbanisme, agriculture, infrastructures, énergie, santé, transports, loisirs, etc.), face aux bouleversements déjà engagés.

Le Cher est en crise, alors que nous ne sommes que fin juillet. La situation est très tendue autour de la ressource en eau, et les conflits risquent de se multiplier dans le futur.

Les dégâts constatés sur les milieux naturels, les animaux et les plantes sont déjà très importants, avec l’assèchement des cours d’eau et zones humides, en particulier les zones de source. Les pêcheurs assistent, impuissants, à la disparition des poissons, toute tentative de sauvetage ne faisant que remuer la vase et empirer la situation. Les botanistes constatent, jour après jour, la sécheresse des plantes et la mort d’arbres, de plus en plus nombreux. Les ornithologues voient les oisillons mourir de soif ou de chaud dans leur nid.


Cours d’eau très asséché à proximité de Bourges
(photo : Nature 18)

Faute d’avoir engagé une réflexion profonde sur ses méthodes, faute de soutenir franchement les exploitations qui tentent de « faire autrement », le monde agricole est aussi en péril, et la situation des éleveurs particulièrement alarmante.

L’impact négatif de cette situation sur les habitants, est évident : impacts sur la santé, perte d’accès aux baignades et aux activités de pêche, inquiétudes sur l’approvisionnement en eau potable, fragilisation des zones rurales, etc.

Prolifération d’algues sur l’Allier (photo : Nature 18)

Aujourd’hui nous n’avons plus le choix : il faut consommer moins d’eau et mieux. Les ressources en eau seront de moins en moins accessibles et nous devons apprendre à faire avec. Selon le CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique), l’irrigation agricole compte pour 43% de l’eau consommée en France, à quasi-égalité avec la consommation d’eau potable (42%), et l’industrie en représente 15%. Aujourd’hui, les gestes quotidiens des citoyens sont donc essentiels, mais tout le monde doit faire des efforts, y compris les industries et l’agriculture. La conclusion des Assises de l’Eau (juillet 2019) est sans appel : d’abord et avant tout, des économies d’eau.

Il n’y aura pas de solution miracle pour « créer de la ressource » car tout prélèvement d’eau se ressent ailleurs, c’est le cycle de l’eau. Les retenues hivernales, brandies par certaines organisations agricoles comme une solution idéale, ne sont qu’un mirage face aux bouleversements actuels. Plutôt que de privatiser l’eau en la stockant, il est primordial d’aider les agriculteurs à réorienter le modèle agricole dominant, afin d’adapter ses systèmes à la nouvelle donne climatique, mais aussi d’améliorer sa contribution aux efforts en faveur de la sauvegarde du climat.

Pour cela, nous avons besoin d’un électrochoc collectif : nous souhaitons des décisions fermes et cohérentes de la part des pouvoirs publics ! Nous ne pouvons pas être d’accord avec des dirigeants qui, un jour s’alarment, et le lendemain, votent la ratification du CETA ou se réjouissent de l’avancée du Mercosur, ces traités de libre-échange dangereux pour le climat et l’agriculture locale. Il est également essentiel de mieux informer les consommateurs, pour leur permettre de faire des choix compatibles avec le développement d’un modèle agricole réellement durable.

Associations de protection de la nature, pêcheurs et agriculteurs refusent de rester immobiles face à l’accumulation des événements climatiques extrêmes, et s’associent aujourd’hui pour demander un vrai dialogue de territoire sur ce sujet, à la recherche de solutions durables, partagées et de long terme. Cela fait maintenant des dizaines d’années que des sonnettes d’alarmes sont tirées, et plus nous attendons, plus nous réduisons notre marge de manœuvre. Il faut agir, ensemble, maintenant.

nature18

by nature18